L’œil de Goliath, un roman anti-technologie ?


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Il est assez courant de voir se diviser la relation à la nouveauté techniques en deux camps : les enthousiastes, et les pessimistes. Pour les uns, toute nouvelle technique est en soi un bien, pour les autres, une catastrophe.

Nous tâcherons brièvement ici de dire en quoi ces deux approches sont aussi mauvaises l’une que l’autre, sans rester dans le très consensuel et très vague « ça dépend ».




1. Un but précis

Quand on parle de rapport à la technologie, il nous faut être le plus précis possible, car une définition trop vague nous condamnera à produire une théorie la plus englobante et abstraite pour traiter du sujet. Il se trouve que quelqu’un l’a fait.

Mais c’est hors de la portée de ce roman, et de ce billet. Alors soyons précis : Ce roman ne traite pas de la technologie dans son ensemble. Plutôt que d’aborder le sujet vu du haut, de façon englobante, trop abstraite, l’idée est de dérouler un scénario qui suit des personnages certes fictifs, mais dont l’environnement sera familier à certains lecteurs.

Et que ce soit ici ou ailleurs, il n’y a de toute façon aucune solution clé en main, théorique et directement applicable en tout temps et en tout lieu. D’une part parce que ce n’est pas possible, et d’une autre parce que chercher ce type de solution est la meilleure façon de ne pas comprendre un problème.

L’objet du roman traite de la façon dont il est possible de s’approprier ces sujets dans un contexte relativement proche du nôtre. Cela reste une fiction, qui par définition ne peux pas coller suffisamment près au réel, mais qui j’espère permet de mettre en lumière des mécaniques profondes, indispensable à comprendre pour ne serait-ce qu’effleurer sérieusement le sujet.



2. Les Hommes et les outils

Le cœur du roman, c’est l’appropriation des outils numériques et leur compréhension par des individus qui choisissent leurs outils avec une insouciance et une inconsistance qui pose question.

Une masse désorganisée qui oscille entre fascination quasi-mystique et un désintérêt teinté de suivisme aveugle vis à vis des révolutions technologiques. Dans les deux cas, il s’agit d’un amas de comportements mimétiques qui créent ou défont inconsciemment des empires industriels.

En tant qu’auteur de ce roman, je pourrai sans trop de mal dire « nous » car, je fais de facto partie de cette masse. Mais le plus triste est qu’il n’y a justement pas de « nous » dans cette aventure.

Les citadins post-modernes que nous sommes ont entre leurs mains insignifiantes un pouvoir de choix qui s’il était coordonné, dicterait le comportement des plus grandes puissances technologiques. Car dans l’économie du numérique, c’est l’attention qui vaut de l’or.

Et, tout aussi impuissants que nous soyons, s’il y a une chose dont on est encore théoriquement libre de disposer, c’est bien celle-ci. Et pourtant, nous la gaspillons. Est-ce la faute des outils ?

Pas directement. Mais la responsabilité est partagée entre ceux qui les produisent, et ceux qui les utilisent.





3. État des lieux

Nous avons vu en quelques décennies des mastodontes émerger des entrailles des puissances du vingtième siècle un type d’acteur entièrement nouveau : Les géants du numérique.

Contrairement aux industries de l’énergie, de l’armement ou même des États, ces puissances se sont construites sur leur capacité à mobiliser notre attention, et à la monétiser.

Il en résulte une aspiration sans précédents des savoirs et des savoirs-faire vers une poignée d’entreprises, dont l’avènement de l’intelligence artificielle a presque consacré le règne.

Google, Microsoft, Amazon, Nvidia ou Palantir chez nous, Baidu, Huawei, Alibaba ailleurs, il n’est presque plus aucune information produite sur terre qui ne transite pas par les mains invisibles de ces géants. La liste ici n’est pas exhaustive, mais donne une idée de qui polarise le champ de bataille.



4. Quel est le problème ?

Quel est le problème alors ? Y en a-t-il seulement un ?

La réponse à cette question dépend de l’objectif que « nous » nous fixons. Ce qu’il y a d’unique à maîtriser les flux d’information, c’est que cette capacité confère la maîtrise du système nerveux de presque n’importe quelle organisation humaine, de n’importe quelle communauté, d’écosystème culturel.

Ça n’est absolument pas un problème si la confiance que vous placez en ces industries est totale. Si vous pensez qu’ils sont responsables, qu’ils ne chercheront jamais à vous nuire, vous détourner de ce que vous jugez essentiel, ou qu’ils ne seront jamais manipulés par des personnes ou groupes d’intérêts contraire aux vôtre.
Dans ce scénario là, tout va bien.

Les problèmes commencent lorsqu’un « nous », un ensemble de personnes, d’associations, ou organisations, ont un objectif concurrent ou contraire au vôtre.

Qu’est ce qu’il vous reste comme capacités d’action quand même vos communications, voir votre cheminement de pensée, est sous-traité à l’un de ces géants ? Et pire, quand « nous » avons collectivement pris l’habitude de nous reposer sur eux au point d’avoir oublié toute autre façon de faire ?

La réponse est à peu près rien.



5. Qui a un problème ?

On observe en ce moment une forme de réveil des État-nations européens vis à vis de la dépendance aux firmes américaines à ce sujet. Réveil maladroit et balbutiant, d’un groupe d’États-nations qui commence à peine à réaliser collectivement qu’on ne peut même pas acheter une baguette ou payer un toit sans le consentement de quelques obscurs technocrates outre-atlantique.

Dans la concurrence entre les nations, seule la Chine semble avoir à peu près compris le problème.

Mais cela ne concerne pas que les nations. N’importe quel projet porté par quelques humains a besoin, pour réaliser son objectif, de concentrer sa volonté et ses moyens sans interférence extérieur. Chaque organisation, communauté, association, a besoin de conserver un certain degré d’autonomie. Ne serait-ce que l’autonomie de pensée et d’échanger. La question à se poser est : à partir de quel moment mon ou notre autonomie est compromise par la dépendance à une entité qui peut l’altérer pour un coût quasi-nul ?

Et la notion de coût a son importance, car moins le coût d’une telle nuisance sera élevé, et plus ceux qui en sont capables seront portés à le faire, ne serait-ce que par négligence, lorsque ce n’est pas purement malveillant.



6. La volonté

Autant que le sont les couches précédentes de l’accélération de nos modes de vies : l’automobile, la monnaie fiduciaire, internet, le smartphone, l’IA semble partie pour s’imposer durablement.

Refuser toute utilisation de l’IA dans tous les domaines par simple peur du changement ne semble pas être une position raisonnable ni tenable à long terme. Et en fait, c’est peut-être la pire façon de l’adopter : à marche forcée, après des années de refus et d’ignorance volontaire du sujet.

A titre individuel ou collectif, la vraie question sera de savoir si et quand utiliser un outil numérique, qu’il soit de l’IA ou non. Ce qui signifie conserver la capacité même de choisir l’outil en dehors de tout suivisme aveugle ou de rejet systématique de la nouveauté.

L’un ou l’autre de ces extrêmes est inévitable lorsqu’on est dépourvu de volonté propre.

Car lorsqu’on erre sans but ni objectif : on finit forcément par être aspiré par celui de quelqu’un ou quelque chose d’autre.

Il n’y a pas de réponse parfaite, intemporelle et universelle à l’usage de la plupart des outils. Les objectifs doivent être définis en amont, et les outils occuper une place de moyens, plus bas dans la hiérarchie des priorités.

Pour ceux qui ont fait de l’accélération et de la technologie un but à rechercher pour lui-même, consciemment ou non, il n’y a en réalité pas de débat à avoir : leur décision est déjà prise.

Que ce soit au moment d’ouvrir une application de réseau social ou lancer une conversation avec une IA générative, la question reste la même : Qu’est ce que je veux ?

Si la réponse à cette question n’est pas suivi par des actes cohérents, c’est que la volonté est soit mal définie, soit pas suffisamment concentrée vers l’objectif.



7. Quelques exemples

Pour reprendre l’exemple des réseaux sociaux, le contenu le plus en vogue montre clairement que malgré une prétention à s’informer, l’usage majoritaire reste le divertissement. Parce que le réflexe mécanique de déverrouiller le smartphone et scroller vers le bas n’est pas un acte réfléchi, pensé. Il est compulsif, résultat d’une injonction extérieure.

Et concernant l’IA, il s’agit à chacun de savoir s’il croit tenir entre les mains une machine à dire la vérité, un conseiller de vie, un guide infaillible, ou un outil au service d’un objectif défini en amont de son utilisation.

Un exemple concret concerne la transmission du patrimoine islamique, son enseignement, sa méditation, son explication. Il se trouve que GhatGPT, Gemini et leurs cousins risquent de prendre ce rôle pour un grand nombre de musulmans qui ne considèrent l’outil que par son apparence, ignorant son origine, son concepteur, et ses finalités.

Il ne me semble pas exagéré de dire que substituer le robot parlant moderne à un réseau humain aussi imparfait soit-il, serait une catastrophe. Faire ce choix, c’est aussi en accepter les conséquences. Comme pour tout un tas d’autres domaines, c’est faire le choix de la lenteur, de l’inefficacité, au profit de la résilience, de la confiance, et dans la majorité des cas, de la fiabilité.



8. Le roman dans tout ça ?

Le premier tome de la saga des terres fertiles traite de ces sujets, ou plutôt introduit ces sujet, en s’intéressant à un cas précis. Celui des musulmans d’occident (jeune ou moins jeunes) confrontés à l’accélération de leur milieu avant même d’avoir pu comprendre ou choisir qui ils sont.

Inutile d’en dire plus sur le scénario, vous le découvrirez si vous choisissez de le lire. Mais que vous le lisiez ou pas, ce billet de blog suffira j’espère à attirer votre précieuse attention sur ces enjeux.



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