L’oeil de Goliath : Pourquoi ce roman ?



Premier tome de la saga des terres fertiles, L’oeil de Goliath est sorti il y a maintenant 4 ans. Cet article n’est pas un spoil, mais il aborde de façon plus explicite les thématiques que j’ai voulu aborder par ce récit fictionnel.

Le roman a été plutôt bien compris par une majorité de lecteurs avec qui j’ai pu échanger. Mais je n’ai jamais vraiment pris le temps, publiquement ou en privée, d’expliquer la démarche de ce roman. Un point précis n’est pas abordé ici, mais dans un autre article : Est-ce que c’est un roman anti-technologie ?

Pourquoi l’avoir écrit ? Pourquoi une saga et pas un seul tome ? Quelle conclusion tirer de tout ce mélange d’actions et de réflexions ?



1. Le constat



Ce roman suit une réflexion personnelle, des constats que j’ai pu faire, ou plutôt qu’on m’a présenté, sur l’incapacité générale à prendre une orientation claire concernant l’usage des outils numériques.

Je précise qu’on me les a présenté car je n’ai rien inventé, en réalité. Bien avant les tensions géopolitiques de la décennie 2020, l’ultra dépendance à une poignée de géants de la tech américains était le danger préféré par toute une communauté d’ingénieurs et de libristes qui développaient et développent toujours une approche indépendante de la technologie.

L’essentiel des rouages de la tech est invisible aux utilisateurs lambda, qui ne voient que des icônes, et qui n’ont comme seul critère de sélection que le côté pratique.

Les dangers sont nombreux non seulement pour les Etats (perte de souveraineté sur les moyens de communication de leurs sociétés) mais aussi pour les diverses composantes de toute la société, les familles les associations, les entreprises, et les individus.

Dans un fatalisme complet, on peut entendre à peu près tout le monde dire « de toute façon ils contrôlent tout ». Sans jamais que ce ils soit clairement défini, on constate être incapable de s’assurer de la confidentialité de nos communication, de la résilience à une panne à l’autre bout du globe, et surtout de la simple maîtrise de nos espaces d’échanges, et de notre attention.

Relisez cette liste car chaque élément est important.

Si vous n’existez pas sur Twitter, Instagram, ou Youtube… vous n’existez pas. Vous n’avez rien à dire. Il est devenu commun dans l’inconscient collectif de penser que tout ce qui a de la valeur, de l’intérêt, se trouve sur cette poignée de plateformes, bien formaté comme il faut pour ne pas que vous vous endormiez ou que vous ne swipiez trop vite.



2. Et alors ?



Et alors, pourriez-vous me dire ? Qu’est ce que ça change à notre vie à nous, petits musulmans occidentaux du 21e siècle déjà bien trop occupés à survivre dans des jungles de béton, à préserver la pratique de notre religion, à préserver nos enfants du milieu terrifiant dans lequel ils grandissent, ou tout simplement à joindre les deux bouts financièrement ?

Vous n’avez pas totalement tort. En réalité, ce renoncement à s’approprier nos espaces d’échange en ligne, nos communication, et à choisir nos outils en fonction de l’intégrité, la sécurité, et le respect de nos cerveaux des gens qui créent ces outils n’est pas nouvelle.

Nous avons déjà collectivement renoncé plusieurs fois à être pro-actifs dans le choix de notre mode de vie. L’intérêt immédiat et court-termiste guide la totalité de nos choix de façon générale. La monnaie qu’on utilise, la nourriture que l’on consomme, les vêtements que l’on porte, les bâtiments qu’on habite, l’énergie qu’on utilise sont tous des produits issus de systèmes d’une complexité telle qu’on a globalement renoncé à avoir un contrôle dessus.



3. Qui est « Nous » ?



Voilà une chose qui me frustre lorsque je discute avec quelqu’un d’une problématique et qu’il donne une explication floue en désignant comme responsable ou comme victime un on, ou un nous. Donc pour ne pas m’auto-agacer, définissons ce nous.

Qui est ce on ? Qui est ce nous ?


C’est bien le problème : il n’existe pas. En tout cas, il n’y a pas de volonté collective suffisante pour le faire exister. Si l’on prend l’exemple des Etats-nations modernes, censés protéger les intérêts de leur population, la résilience en cas de crise, la sécurité, le bien-être, on peut considérer au moins en France cet objectif comme raté.

Il en est de même de la communauté musulmane française, qui malgré les énergies incroyables, et les projets magnifiques qui y voient le jour (je suis tèrs optimiste contrairement à ce que peut laisser penser ce texte) le niveau de coopération nécessaire pour corriger notre dépendance aux monopoles numérique, pour prendre cet exemple, est tout simplement absent.

Le sujet est plutôt méconnu, et même parmi le reste des problématiques citées plus haut, pas une ne fait pas l’objet d’une coordination massive pour être prise en main.

Pourquoi ? Parce qu’une volonté collective implique une solidarité, une discipline, un effort coordonné vers un but commun. A l’ère de la liberté, où nous ne supportons déjà que difficilement de boycotter des produits de consommation, comment concentrer autant de moyens pour atteindre un seul de ces but ?

Le roman L’oeil de Goliath ouvre donc le sujet du numérique, fait le constat de notre incapacité collective à adresser les problématiques soulevées, pour ensuite partir sur les racines de cette incapacité.

Chacun pourra avoir son opinion sur ces racines, et plusieur réponses peuvent être apportées, sûrement toutes complémentaires. Mais comme on est sur mon blog, je vais parler de mon approche favorite de la question : Construire un nous.

C’est donc maintenant qu’on aborde le véritable sujet de ce roman, et surtout de cette saga, la construction du nous.





4. Le vrai sujet



A première vue, le roman parle de technologie, d’internet, d’intelligence artificielle, de réseaux sociaux, de cybersécurité… Et ce n’est pas faux. Mais ce n’est pas le coeur de l’ouvrage, et encore moins de la saga.

Le roman fait le constat d’une incapacité collective à prendre en main les outils numérique et à se les approprier, pour ensuite bifurquer sur les causes de cette incapacité. Cause qui ne touche donc pas que le numérique, mais qui se retrouve dans tous les autres aspects de notre mode de vie.

Certains parmi les premiers lecteurs ont été touchés par un élément central du roman, qui n’a rien à voir avec la technologie : la relation entre les personnages.

Dans ce roman, j’ai essayé du mieux que j’ai pu de transmettre une certaine sincérité, une chaleur, une proximité, un engagement dans les relations entre les personnages, malgré tous les défauts qu’ils peuvent avoir.

Les lecteurs qui ont relevé ce point ont donc relevé le plus important. La construction d’un tissu de relations solides, d’une solidarité, d’un engagement, d’un voir d’une allégeance, est une condition de l’existence de ce nous.

Et ce n’est pas un nous abstrait, une solution prête à l’emploi que l’on pourrait transposer à n’importe quelle communauté ou peuple sur terre pour l’appliquer. Non.

Dans cette saga, je parle d’un nous qui nous ressemble. Un nous que vous êtes capables de lire dans la langue où je l’ai écrit. Un nous qui prononce la shahâda plusieurs fois par jour, un nous qui n’est ni totalement d’ici ni totalement de la bas. Un nous qui est aujourd’hui davantage un éco-système qu’une communauté structurée.

Une description plus précise de ce nous fera l’objet d’un autre article détaillé, car celui-ci est déjà trop long.

J’espère grâce à cet article que l’objet du premier tome est maintenant plus clair, et que le lien avec le deuxième tome sera plus évident. Car de nombreux lecteurs s’attendent à ce que la technologie et la technique restent au centre de la saga. Alors oui, elle est toujours présente en toile de fond, mais n’est désormais plus le sujet principal qui guide l’intrigue.

Attendez-vous donc à explorer d’autres sujets, économie, écologie, trafic de drogue, monnaie, guerre civile, et bien sûr, toujours la foi pour éclairer le tout.



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